Les critiques littéraires

Tristan Felix

« J’ai commencé à vivre le jour où j’ai su que j’allais mourir ». La symétrie inaugurale brise à la fin son axe : « Allongé sur son lit, il cassa son ampoule de cyanure ». Frédérick ne mourra donc pas ? Ellipse trop facile à tendre — « Le temps s’est suicidé, je ne l’aimais pas. » — car entre ces deux extrêmes, il y a un roman d’apprentissage étrange, à plusieurs voix, court et fragmenté, qui cherche la pureté à travers Baudelaire et Nietzsche et rejette toute autorité dominante : « La désespérance de provoquer la connaissance chez autrui poussait Frédérick à des banalités. » C’est le monde à l’envers, au sens propre. Voici un journal duel entre Coriandre, vêtue de la robe trop grande de Virginie, et son alter ego Frédérick, jeune homme des années quatre-vingts, orphelin, en marge de la société, tenté par l’homosexualité, le terrorisme, le suicide et l’art. Balloté entre Paris, la Bretagne et Nice, il concentre l’espace intérieur, tant sa « peau touche le vide ». Le journal est entrecoupé de narration où « je » devient la troisième personne, la fameuse absente que l’amour, l’amitié, la politique et la littérature acculent à la solitude. Ce fasèyement identitaire ira jusqu’au « craquèlement inexorable », à l’internement en asile. « Quand une osmose se profile, il faut jeter le livre. » Qu’est-ce qu’un livre s’il ne se remet pas en question,  comme son auteur et son lecteur ? La décadence de l’être a choisi ici une langue décomposée pour happer des instants d’éternité, de ceux qui font mourir, oui, mais en littérature. A bientôt d’un roman plus ample, au-delà de ses bris.

Tristan Felix

Article à paraître dans la revue "Dissonnances"d'octobre 2014.

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